Typologie des risques IA

Mise à jour — octobre 2026. Section sur les routeurs d’API et les attaques d’intermédiaires malveillants, d’après Your Agent Is Mine: Measuring Malicious Intermediary Attacks on the LLM Supply Chain (arXiv, avril 2026). [2604.08407]

Routeurs d’IA : quand l’intermédiaire peut détourner votre agent

Le risque en une minute

Un agent d’intelligence artificielle ne communique pas toujours directement avec OpenAI, Anthropic ou un autre fournisseur. Il peut passer par un routeur d’API, c’est-à-dire un intermédiaire qui choisit le modèle, gère les coûts ou assure le basculement entre plusieurs fournisseurs.

Cet intermédiaire termine la connexion chiffrée du client puis en ouvre une nouvelle vers le fournisseur. Il peut donc voir en clair les requêtes, les réponses, les clés d’API, les instructions système et les appels d’outils. Surtout, aucun mécanisme généralisé ne garantit aujourd’hui que l’action reçue par l’agent correspond exactement à celle produite par le modèle.

Le problème n’est donc pas seulement : « Le modèle peut-il être trompé ? » Il devient aussi : « Peut-on faire confiance à tous les intermédiaires situés entre le modèle et la machine qui exécute ses actions ? »

Une analogie simple

Imaginez que vous demandiez à un assistant d’envoyer un colis. Le transporteur reçoit l’adresse correcte, mais un centre de tri intermédiaire remplace discrètement l’étiquette. Le transporteur n’a pas été trompé : sa réponse a été modifiée après coup.

Un routeur d’IA malveillant peut faire la même chose avec un appel d’outil. Le modèle peut demander l’installation d’une dépendance légitime, tandis que l’agent reçoit une commande presque identique contenant un paquet contrôlé par l’attaquant.

Quatre scénarios d’attaque

AttaqueFonctionnementConséquence possible
Injection de charge utile (AC-1) Le routeur réécrit les arguments d’un appel d’outil après la réponse du modèle Exécution d’une commande ou d’un script contrôlé par l’attaquant
Exfiltration passive (AC-2) Le routeur copie les secrets visibles dans le trafic sans modifier la réponse Vol de clés d’API, identifiants cloud, code ou données sensibles
Substitution de dépendance (AC-1.a) Un paquet légitime est remplacé par un paquet malveillant ou typosquatté Compromission persistante de la chaîne logicielle
Livraison conditionnelle (AC-1.b) L’attaque ne s’active qu’après un certain nombre de requêtes ou dans un contexte précis Contournement des tests courts et des audits en boîte noire

Ces attaques se produisent au niveau du transport applicatif et des objets JSON. Elles sont donc distinctes de l’injection de prompt : même un modèle qui raisonne correctement ne peut pas détecter qu’un intermédiaire modifie sa réponse après l’inférence.

Ce que les chercheurs ont observé

L’étude porte sur 428 routeurs tiers : 28 services payants et 400 services gratuits. Les chercheurs déclarent avoir identifié neuf routeurs injectant activement du code malveillant, deux utilisant des mécanismes d’évasion adaptative, 17 ayant déclenché l’utilisation de leurres AWS et un ayant vidé les fonds associés à une clé Ethereum de recherche.

Observation de terrainRésultat publié
Routeurs payants testés28
Routeurs gratuits testés400
Routeurs injectant du code9, dont 1 payant et 8 gratuits
Routeurs avec déclenchement adaptatif2
Routeurs ayant touché des identifiants AWS leurres17
Clé Ethereum de recherche vidée1

Les auteurs ont aussi étudié le détournement de routeurs apparemment légitimes à partir de clés divulguées ou de relais faiblement configurés. Ils rapportent 99 identifiants exposés dans 440 sessions Codex observées ; 401 de ces sessions fonctionnaient déjà en mode autonome avec approbation automatique des outils.

Prudence d’interprétation : ces résultats démontrent l’existence du risque dans l’échantillon étudié, mais ils ne permettent pas d’affirmer qu’une proportion équivalente de tous les routeurs du marché est malveillante. L’étude se concentre notamment sur des marchés et communautés accessibles aux chercheurs, tandis que certains déclencheurs conditionnels peuvent échapper à des tests de durée limitée.

Un incident réel en 2026

Cette frontière de confiance n’est pas seulement théorique. En mars 2026, les versions PyPI 1.82.7 et 1.82.8 de LiteLLM ont été publiées avec du code malveillant à la suite d’une compromission de la chaîne de publication. LiteLLM indique que les paquets ont été disponibles environ 40 minutes avant leur mise en quarantaine ; les images Docker officielles n’étaient pas concernées, car leurs dépendances étaient épinglées.

Datadog recommande de traiter tout hôte ou pipeline ayant installé ces versions comme un événement d’exposition complète des identifiants et de rechercher également des signes de persistance et d’activité Kubernetes.

Sources : LiteLLM Security Update, Datadog

Ce que les défenses changent

Les chercheurs ont testé trois familles de protection côté client. Dans leur corpus expérimental, une politique bloquant par défaut les appels d’outils à haut risque a arrêté toutes les injections AC-1 et AC-1.a testées avec 1 % de faux positifs, tandis qu’un détecteur d’anomalies a repéré 89 % des injections AC-1, mais seulement environ la moitié des variantes adaptatives. Un journal append-only facilite l’enquête après incident, sans empêcher l’attaque.

Aucune de ces mesures n’apporte une preuve cryptographique de provenance. Les auteurs proposent à plus long terme que les fournisseurs signent les réponses ou des enveloppes contenant les appels d’outils, afin que le client puisse vérifier que l’action exécutée correspond bien à celle produite en amont.

Mesures prioritaires

La règle opérationnelle est simple : plus un agent dispose d’autonomie, moins son chemin réseau et sa chaîne d’approvisionnement peuvent être traités comme de simples détails techniques.

Cas concret : le deepfake en entretien

Les risques de l’IA ne se limitent pas aux agents et aux API. L’AI Incident Database recense les dommages ou quasi-dommages liés à des systèmes d’IA.

Son incident n° 1421 décrit un candidat ayant prétendument utilisé un deepfake pour usurper l’identité du dirigeant informatique japonais Kenbun Yoshii lors d’un entretien à distance à Tokyo. L’attribution à un acteur étatique reste incertaine ; l’intérêt pédagogique de ce cas est surtout de montrer comment l’IA peut déplacer la frontière de confiance jusque dans le recrutement.

Pour approfondir : AI Incident Database — incident 1421.

À retenir

Dernière mise à jour : 8 octobre 2026. Cet article est un contenu de sensibilisation et ne remplace pas une analyse de risque adaptée au système concerné.

Grandes familles de risques

Les principaux travaux (AI Risk Repository, taxonomies MIT/IEEE, OWASP, MITRE ATLAS) identifient quatre grandes familles :

Sources : AI Risk Repository (arxiv), arxiv 2412.07780

Risques « classiques » etendus par l'IA

L'IA amplifie des risques deja connus en cybersecurite :

Vol de secrets via extraction de modele

Membership inference, inversion de donnees d'entrainement (training data extraction) permettent de retrouver des informations sensibles a partir du modele lui-meme.

Ref : arxiv 2510.02357

Supply chain IA

Dependance a des modeles tiers, a des API, a des jeux de donnees non maitrises. Un modele pre-entraine telecharge depuis un hub public peut contenir des backdoors.

Ref : arxiv 2504.00091

Deni de service cible

Adversarial traffic et surcout GPU sur les pipelines IA peuvent provoquer un deni de service cible.

Ref : arxiv 2506.04133

Risques specifiquement lies a l'IA

Integrite du modele

Attaques adversariales

Prompt injection & attaques sur LLM

Vecteurs principaux : Contournement d'instructions, exfiltration de donnees, commande indirecte via prompt injection.

Le OWASP Top 10 for LLM documente en detail ces attaques.

Agents IA

Enchainement d'actions sur des systemes reels (RPA, outils API) et escalade d'impact. Un agent compromis peut executer des actions irreversibles sur des systemes de production. Voir aussi la section routeurs d’IA ci-dessus.

Ref : Semantic Scholar

Deepfakes & contenus synthetiques

Impacts sur la fraude, la desinformation et la confiance dans les systemes. Les deepfakes audio et video permettent des attaques d'ingenierie sociale a grande echelle.

Ref : arxiv 2502.05324

Vue pipeline : Pensez au cycle complet collecte → entrainement → deploiement → monitoring et identifiez les risques a chaque etape.

References (routeurs d’IA)

  1. [2604.08407] Your Agent Is Mine: Measuring Malicious Intermediary Attacks on the LLM Supply Chain
  2. Version HTML de l’article arXiv
  3. Pith Science — résumé
  4. LiteLLM — Security Update (mars 2026)
  5. LiteLLM — Security Townhall Updates
  6. Datadog — LiteLLM / Telnyx PyPI compromise
  7. AI Incident Database
  8. Incident 1421 — deepfake en entretien (Tokyo)
  9. Report 7015